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Ce qu'on sait, ce qu'on croit savoir, ce qu'on rapporte

Par · · 7 min de lecture

La distinction fondamentale du métier est aussi celle qui s'efface le plus vite à la publication. Trois niveaux, qui ne devraient jamais se confondre.

Toute la difficulté du traitement de l'information tient dans une question simple et rarement posée à voix haute : sur quoi repose exactement ce que je m'apprête à écrire ?

Trois statuts

Ce qui est constaté. Une observation directe, un document consulté, une donnée publiée par une source identifiable et vérifiable. C'est le niveau le plus solide et le plus coûteux à obtenir.

Ce qui est rapporté. Ce qu'une personne affirme. C'est une information sur ce qu'elle dit, pas sur ce qui est. La distinction paraît évidente et disparaît constamment : « selon une source proche du dossier » devient, deux reprises plus loin, un fait établi.

Ce qui est déduit. Une inférence à partir des deux premiers. Légitime, souvent nécessaire, et devant être signalée comme telle.

Une information change de statut en circulant. Elle entre comme déclaration et ressort comme fait, sans que personne n'ait rien vérifié entre-temps.

Ce que ça donne à la lecture

Un lecteur peut appliquer cette grille à n'importe quel article, sans compétence particulière. Il suffit de repérer, phrase par phrase, à quel niveau on se situe :

Le nombre de sources

Recouper signifie obtenir la même information de sources indépendantes entre elles. C'est le mot important : trois articles qui reprennent la même dépêche ne constituent pas trois sources, ils en constituent une.

C'est le mécanisme de propagation le plus courant, et il produit une impression de confirmation qui n'en est pas une. Remonter à l'origine d'une information circulante est souvent instructif : la chaîne est parfois plus courte qu'elle n'en a l'air.

Ce que je ne fais pas sur ce site

Traiter l'actualité. Un site personnel n'a ni les moyens de vérification, ni le cadre collectif, ni les garanties déontologiques d'une rédaction. Prétendre le contraire reviendrait à faire exactement ce que je décris ici comme le principal risque.

Ce que je peux transmettre, ce sont ces réflexes. Ils s'appliquent à toute source, y compris celles qu'on estime — et c'est précisément là qu'ils servent le plus, parce que c'est là qu'on baisse la garde.

Portrait de Mathieu Chastel

Rédacteur en chef · Actualité

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