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Une image ne prouve pas ce qu'elle montre

Par · · 6 min de lecture

La plupart des images trompeuses ne sont pas truquées. Elles sont authentiques, et sorties de leur contexte — ce qui est bien plus difficile à repérer.

On s'inquiète beaucoup des images fabriquées, et c'est légitime. Mais l'essentiel des images trompeuses que je rencontre ne sont pas fabriquées du tout : elles sont réelles, et racontent autre chose que ce qu'on leur fait dire.

Les quatre déplacements

Le lieu. Une image authentique prise ailleurs. C'est le cas le plus fréquent et le plus efficace, parce que rien dans l'image ne cloche.

La date. Une image ancienne présentée comme récente. Elle ressurgit à chaque événement du même type.

Le cadre. Un cadrage serré qui retire ce qui se passait autour et change complètement la lecture d'une scène.

La légende. L'image est correcte, la phrase qui l'accompagne lui attribue une signification qu'elle ne porte pas.

Il n'est pas nécessaire de truquer une image pour mentir avec. Il suffit de la déplacer.

Ce qu'un lecteur peut faire

Le cas des images générées

Il existe et progresse. Les repères classiques — incohérences dans les détails, textes déformés — deviennent moins fiables à mesure que les outils s'améliorent, et je me méfie des listes de signes qui vieillissent en quelques mois.

Le réflexe robuste reste le même que pour tout le reste : remonter à la source. Une image dont on ne peut identifier ni l'auteur, ni la date, ni le lieu ne prouve rien, qu'elle soit authentique ou non.

Le réflexe le plus utile

Ne pas partager tant qu'on n'a pas vérifié. C'est le seul point sur lequel un lecteur a un pouvoir réel : la circulation d'une image trompeuse dépend entièrement de gens de bonne foi qui la relaient. Attendre une heure ne coûte rien et casse la chaîne.

Portrait de Mathieu Chastel

Rédacteur en chef · Actualité

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